Pascale Brunini, lectrice assidue de l'Informateur Corse Nouvelle, nous donne son point de vue, à la fois historique et religieux, sur ce 8 décembre célébré en Corse par A Festa di a Nazione et étroite lié à la figure mariale.
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A Festa di a Nazione, de plus en plus fêtée par
les jeunes insulaires
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Les Corses ont l'immense privilège d'appartenir à une patrie dont la reine est Celle qui a donné naissance au Créateur et Sauveur du monde : Jésus, le Roi de l'univers. Au XVIII ème siècle, au cours des guerres d'indépendance contre la domination génoise, qui ont duré une quarantaine d'années, les Corses ne savent plus à qui s'en remettre. Ils ont, pour diriger leur combat, des hommes de valeur, mais leur Foi leur indique que même les chefs ont besoin d'une protection plus haute. Alors, leur assemblée (la consulta), composée des représentants des diverses couches de la société corse, choisit Marie sous le vocable de l'Immaculée Conception, comme Reine de leur pays. Cela se passe le 31 janvier 1735.
Voici le préambule de la constitution qui proclame l'indépendance de la Corse.
« Au nom de la Sainte Trinité, Père, Fils et saint Esprit de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie, et sous la protection de la Sainte Mère de Dieu notre avocate : Il est établi que l'on doit élire, et à cet effet nous élisons, pour la protection de notre patrie et de tout le royaume , l'Immaculée Conception de la Vierge Marie, et nous décrétons de plus, que toutes les armes et drapeaux de notre dit royaume soit empreints de l'image de l'Immaculée Conception, que la veille et le jour de sa fête soit célébrés dans tout le royaume avec la plus parfaite dévotion et les démonstrations de joie les plus grandes , les salves de mousqueterie et canons, qui seront ordonnées par la junte du royaume ». [1 ]
Texte superbe dont nous sommes fiers à juste titre. Il témoigne du niveau spirituel de ceux qui se sont impliqués dans la cause nationale. Ils étaient influencés par les nombreux théologiens qui faisaient partie de leurs «consulte ». Ceux-ci avaient été chargés de réfléchir et de se déterminer sur la justesse des revendications des Corses et de leur combat contre Gênes. Forts de l'appui de l'Eglise, les chefs n'ont eu aucun mal à catalyser le mécontentement général.
Quant à l'hymne national choisi, le « Dio vi salvi Regina », c'est un appel à la Reine du ciel, dont ils sont volontiers devenus les sujets. Eux dont on disait depuis Sénèque qu'ils étaient incapables de faire de bons esclaves, sont prêts à s'enrôler derrière la bannière de Marie. Du fond de leur âme, pétrie par les Franciscains, si nombreux sur l'île depuis Saint François, ils ratifient de tels choix avec enthousiasme. Leur Reine est la Reine du ciel, rien de moins. Ils s'en déclarent les fidèles serviteurs. Leurs ancêtres avaient toujours aimé et vénéré Marie. C'est vers elle qu'ils se tournaient quand l'horizon était bouché. En sont le témoignage, les nombreuses chapelles dédiées à la vierge, construites dans des endroits tellement inaccessibles qu'elles prouvent qu'aucun effort ne rebutait ceux qui voulaient intéresser Marie à leur cause. L'histoire de certains bandits corses nous apprend que beaucoup d'entre eux portaient sur eux une médaille de la Vierge. Superstition ou intuition géniale de l'amour d'une mère qui n'abandonne aucun de ses enfants ? Toutes ces chapelles ne disent-elles pas, plus que de longs discours : « Si Marie est avec moi, que pourrais-je craindre ? Qui donc sera contre moi »?
Autre intuition géniale dont nos ancêtres ont fait preuve : ils ont choisi d'honorer Marie dans sa conception Immaculée. Qu'est-ce que cela signifie ? Marie, dès l'instant de sa conception, a été préservée du péché originel, transmis par nos premiers parents Adam et Eve. Nous héritons tous de ce péché. Mais Marie, qui devait porter et mettre au monde le Fils de Dieu, est la seule créature qui en a été préservée. Elle est l'Unique, parce que la seule sans la moindre tache. Satan n'a jamais eu aucun pouvoir sur elle. En 1735, lorsque nos ancêtres firent ce choix, la Conception Immaculée de Marie n'était pas encore une vérité acquise dans l'Eglise. Ce n'est qu'en 1854 que le Pape Pie IX énonce cette vérité. C'est ce qu'on appelle le dogme de l'Immaculée Conception.
Donc, 119 ans avant que le Pape ne se soit prononcé à ce sujet, nos ancêtres n'hésitent pas. Leur foi populaire fait ce juste choix. Marie ne peut oublier ceux qui l'ont choisie comme reine. Lors de la dernière guerre mondiale, elle nous le prouva. Le 8 septembre (jour de la nativité) l'ennemi capitula. Le lendemain, le 9 septembre 1943, la Corse fut libérée. Elle fut le premier département français libéré . Si les livres d'histoire commencent seulement à en parler, nous devons nous faire un devoir de nous en souvenir. Car Marie, qui est riche en pouvoir, ne nous accordera son aide que si nous la lui demandons. Mieux, Elle veut que nous la lui demandions, que nous participions à son combat, elle qui a été créée pour écraser la tête de Satan d'un pied ferme. « Voi dai nemici nostri a noi datte vittoria ». Quels sont nos pires ennemis, sinon les ennemis de Marie ? Après nous avoir délivrés des démons qui s'acharnent à nous diviser, elle nous abritera sous son manteau protecteur: « Noi miseri accogliete, nel vostro Santo velo ». Nous chantons cela. Il faut que nous y croyions, que nous le vivions. Sinon, nous faisons du théâtre. « Il riacquisto di a nostra cultura », c'est surtout « il riacquisto di a nostra religione », sinon nous ne sommes que des pantins manouvrés par Satan. Marie nous donne un moyen sûr, une arme redoutable pour enchaîner Satan: C'est le chapelet. Nos vieilles grand'mères, qui l'égrenaient sans cesse sous leurs doigts noueux, le savaient bien. C'est leur être fidèles de les imiter en approfondissant notre religion, en évitant de la réduire à un simple folklore. « Les armes et les drapeaux de notre dit royaume » sont-ils « empreints de l'image de l'Immaculée Conception » comme le décrète la constitution ? Le 8 décembre est-il consacré à honorer Marie ?
Ne sommes-nous donc pas, un peu parjures et imposteurs, en nous contentant de chanter une Hymne si belle, sans intérioriser le sens des mots qu'elle exprime ?
Puissions-nous, donner à ces mots un poids de chair, afin qu'ils ne soient pas le vent qui fait tanguer le navire, mais le souffle puissant qui le fait avancer ! »
Pascale Brunini
[1] « Marie mémoire vivante de l'Eglise qui est en corse » par François-J. Casta. |